Lexique de l’écriture, de la narration et de l’édition
Près de 300 notions pour qui écrit, retravaille ou soumet un manuscrit : le métier d’écrire, les techniques narratives, les personnages, les figures de style, les genres, les courants littéraires, les rouages de l’édition et l’objet-livre. De nombreuses notions de narration, de construction et de style sont illustrées par un exemple tiré d’une œuvre littéraire. Les renvois entre entrées sont cliquables.
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- I. L’écriture et son processus
- II. La narration — voix, point de vue, temporalité
- III. Structure et construction du récit
- IV. Les personnages
- V. Style, langue et figures de style
- VI. Genres et formes littéraires
- VII. Courants et mouvements littéraires
- VIII. Vocabulaire de l’édition
- IX. Paratexte et objet-livre
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I. L’écriture et son processus
Manuscrit — Texte remis par l’auteur avant publication, quel que soit son état d’avancement. On distingue le manuscrit brut du manuscrit retravaillé.
Premier jet — Version initiale d’un texte, écrite sans souci de correction, dont la seule fonction est d’exister pour pouvoir être reprise.
Brouillon — Toute version de travail antérieure au texte final ; un manuscrit peut connaître plusieurs brouillons successifs, chacun résolvant un problème différent (structure, puis style, puis détail).
Réécriture — Reprise en profondeur d’un texte existant, portant sur la structure, le rythme ou la voix — à distinguer de la correction, qui porte sur la forme.
Relecture — Lecture d’un texte achevé en vue d’en évaluer la cohérence, le style ou la justesse, sans nécessairement corriger au fil de la lecture.
Relecture critique — Relecture commentée, produisant une analyse argumentée des forces et des faiblesses du texte, destinée à guider une réécriture.
Comité de lecture — Dans le processus d’écriture, groupe de pairs ou de premiers lecteurs sollicité pour un avis sur un texte en cours (voir aussi : comité de lecture, VIII, pour le sens éditorial du terme).
Bêta-lecteur / bêta-lectrice — Lecteur non professionnel sollicité par l’auteur pour tester la réception d’un manuscrit avant soumission, sur l’intrigue, les personnages ou la clarté — à distinguer du correcteur, qui intervient sur la langue.
Diagnostic de manuscrit — Évaluation structurée d’un manuscrit, identifiant ses acquis, ses obstacles et une priorité de travail, généralement produite par un professionnel extérieur au texte.
Plan (ou outline) — Organisation prévisionnelle du récit avant rédaction, de granularité variable : simple liste de scènes ou découpage chapitre par chapitre.
Fiche personnage — Document de travail où l’auteur rassemble ce qu’il sait d’un personnage (passé, apparence, désirs, failles, manière de parler), dont la plus grande partie n’apparaîtra jamais dans le texte mais en garantit la cohérence.
Bible (d’univers ou de série) — Document de référence qui consigne les règles, les lieux, la chronologie et les personnages d’un univers fictif, indispensable dès qu’un récit s’étend sur plusieurs volumes ou repose sur un monde inventé.
Documentation — Ensemble des recherches menées pour nourrir un texte et en assurer l’exactitude (lieux, métiers, époques, savoirs techniques) ; elle sert le récit sans devoir s’y exposer.
Pitch — Présentation orale ou écrite très brève d’un projet de livre, centrée sur son accroche et son enjeu, destinée à susciter l’intérêt en quelques phrases.
Synopsis — Résumé complet d’un récit, du début à la fin, révélant le dénouement — à la différence du pitch, qui le tait pour ménager le suspense.
Note d’intention — Texte bref où l’auteur explicite ses objectifs, son sujet et sa démarche, souvent joint à un dossier de soumission.
Fiche projet — Dossier de présentation d’un essai ou d’un document, soumis à un éditeur avant que le livre soit entièrement rédigé : une fiche décrivant le sujet, le plan, le public et la légitimité de l’auteur, accompagnée d’un sommaire détaillé et d’un chapitre rédigé.
Quatrième de couverture — Texte de présentation figurant au dos du livre, destiné au lecteur en librairie (voir aussi : partie IX).
Atelier d’écriture — Cadre collectif d’entraînement à l’écriture, structuré autour de consignes, d’exercices et de retours entre participants.
Coaching littéraire / accompagnement à l’écriture — Suivi individualisé d’un auteur sur la durée d’un projet, portant sur la méthode autant que sur le texte.
Nègre littéraire (ou écrivain fantôme, ghostwriter) — Auteur rédigeant un texte pour le compte d’une autre personne, qui en assume seule la signature.
Autofiction — Pratique d’écriture mêlant matériau autobiographique et fiction assumée, sans pacte de vérité strict (voir aussi : partie VI, pour le genre).
Page blanche — Blocage de l’écriture, moment où l’auteur ne parvient pas à produire de texte ; état fréquemment invoqué mais dont les causes (structurelles, techniques, personnelles) sont hétérogènes.
Style — Manière propre à un auteur d’organiser la langue — choix lexicaux, longueur de phrase, ponctuation, rythme — reconnaissable indépendamment du sujet traité.
Voix — Timbre singulier d’un texte, résultant de la combinaison du style, du ton et du point de vue ; ce qui rend un texte identifiable même sans nom d’auteur.
Ton — Attitude affective générale du texte envers son sujet : grave, ironique, distancié, lyrique.
Registre de langue — Niveau de langue employé (soutenu, courant, familier), choisi en fonction du narrateur, du personnage ou de l’effet recherché (voir aussi : partie V).
Rythme — Cadence de la phrase et du texte, produite par la longueur des unités syntaxiques, la ponctuation et les reprises ; un rythme heurté et un rythme ample ne produisent pas le même effet de lecture.
Diction — Choix précis des mots, indépendamment de leur agencement ; relève du lexique plus que de la syntaxe.
Incipit — Premières phrases ou premier paragraphe d’un texte, dont la fonction est d’installer un contrat de lecture (voir aussi : partie III, pour les types d’ouverture).
Excipit — Dernières phrases d’un texte, qui referment le récit et en fixent la résonance finale.
Chute — Dénouement bref et retourné, produisant un effet de surprise à la toute fin d’un texte (voir aussi : partie III).
II. La narration — voix, point de vue, temporalité
Narrateur — Instance qui raconte, distincte de l’auteur réel ; même à la première personne, le narrateur reste une construction du texte.
Narrataire — Destinataire implicite à qui le récit s’adresse, inscrit dans le texte lui-même ; notion introduite par Gérard Genette (Figures III, 1972), à ne pas confondre avec le lecteur réel.
Point de vue — Position depuis laquelle les événements sont perçus et rapportés ; recouvre à la fois la question de qui voit (focalisation) et de qui parle (voix narrative).
Focalisation zéro (narrateur omniscient) — Le narrateur sait plus que n’importe quel personnage, circule librement dans les consciences et dans le temps.
Exemple : Victor Hugo, Les Misérables — le narrateur commente les événements, anticipe leur portée et digresse sur l’Histoire, en surplomb constant des personnages.
Focalisation interne — Le récit est limité à ce que perçoit et comprend un personnage donné, sans accès à ce qu’il ignore.
Exemple : Gustave Flaubert, Madame Bovary — de longs passages adoptent la perception d’Emma, restituant ses illusions sans les corriger du dehors.
Focalisation externe — Le narrateur rapporte des faits et des comportements observables, sans accès aux pensées d’aucun personnage, comme une caméra.
Exemple : Ernest Hemingway, certaines nouvelles comme Les Collines comme des éléphants blancs — le dialogue et les gestes portent seuls le sens, sans commentaire intérieur.
Sous-texte — Ce qu’un passage signifie sans le dire, ce que les personnages taisent ou déguisent, et que le lecteur perçoit sous les mots (voir aussi : focalisation externe).
Exemple : Ernest Hemingway, Les Collines comme des éléphants blancs — un couple parle d’une « opération simple » sans jamais la nommer ; tout le drame se joue dans ce qui n’est pas dit.
Narrateur homodiégétique — Narrateur présent dans l’histoire qu’il raconte, comme personnage secondaire ou témoin.
Exemple : Arthur Conan Doyle, les enquêtes de Sherlock Holmes — Watson raconte des événements auxquels il participe sans en être le centre.
Narrateur autodiégétique — Cas particulier du narrateur homodiégétique : il est le protagoniste de sa propre histoire, narrée à la première personne.
Exemple : Albert Camus, L’Étranger — Meursault raconte sa propre existence, y compris son procès et sa condamnation.
Narrateur hétérodiégétique — Narrateur absent de l’histoire qu’il raconte, extérieur aux événements.
Exemple : Honoré de Balzac, dans l’ensemble de La Comédie humaine — le narrateur ne participe jamais aux intrigues qu’il rapporte.
Narrateur non fiable — Narrateur dont le récit comporte des distorsions, volontaires ou non, que le lecteur est amené à repérer.
Exemple : Kazuo Ishiguro, Les Vestiges du jour — Stevens minimise et réinterprète ses propres regrets tout au long de son récit.
Discours direct — Paroles ou pensées d’un personnage rapportées telles quelles, marquées par la ponctuation du dialogue.
Discours indirect — Paroles ou pensées rapportées par le narrateur, intégrées à sa syntaxe, sans les marques typographiques du direct.
Discours indirect libre (style indirect libre) — Fusion de la voix du narrateur et de la pensée d’un personnage, sans marqueur introducteur ni ponctuation de dialogue, produisant une ambiguïté délibérée sur qui parle.
Exemple : Gustave Flaubert, Madame Bovary — les rêveries d’Emma se coulent dans la phrase du narrateur sans qu’aucune limite typographique ne les sépare.
Monologue intérieur — Transcription directe du flux mental d’un personnage, sans intervention narrative ni syntaxe normalisée.
Exemple : Édouard Dujardin, Les Lauriers sont coupés (1887) — considéré comme le texte fondateur du procédé, salué comme tel par James Joyce lui-même.
Flux de conscience (stream of consciousness) — Forme étendue du monologue intérieur, où la pensée est restituée dans son désordre associatif, sans hiérarchisation logique.
Exemple : James Joyce, Ulysse — le monologue final de Molly Bloom, sans ponctuation forte sur plusieurs dizaines de pages.
Ordre du récit (chronologie) — Rapport entre l’ordre dans lequel les événements se produisent et celui dans lequel le récit les présente ; tout écart entre les deux est une anachronie, analepse ou prolepse, selon la terminologie de Gérard Genette (voir aussi : analepse, prolepse).
Analepse (retour en arrière, flashback) — Retour narratif sur des événements antérieurs au point où en est le récit.
Exemple : Marcel Proust, À la recherche du temps perdu — la saveur de la madeleine déclenche le surgissement de tout un pan du passé.
Prolepse (anticipation, flash-forward) — Évocation anticipée d’un événement qui se produira plus tard dans le récit.
Exemple : Gabriel García Márquez, Cent ans de solitude — la première phrase du roman annonce un événement (le colonel face au peloton d’exécution) que le récit ne racontera que bien plus loin.
Ellipse narrative — Silence du récit sur une durée de l’histoire, qui n’est ni racontée ni résumée mais simplement passée sous silence.
Exemple : dans la plupart des romans, un saut de section suffit à faire passer plusieurs années sans qu’aucune phrase ne les relate.
Sommaire (narration résumée) — Passage où une durée étendue de l’histoire est condensée en peu de texte, à vitesse narrative accélérée.
Exemple : Honoré de Balzac ouvre souvent ses romans par de longues pages de sommaire biographique avant que la scène ne commence.
Scène — Passage où le temps du récit rejoint approximativement le temps de l’histoire, typiquement porté par le dialogue et l’action immédiate — vitesse narrative à l’équilibre.
Pause (narrative) — Passage où le temps du récit se prolonge sans que le temps de l’histoire n’avance, typiquement une description.
Exemple : Marcel Proust suspend l’action sur plusieurs pages pour décrire une aubépine ou un clocher, sans que rien ne progresse dans l’histoire pendant ce temps.
Vitesse narrative — Rapport entre le temps de l’histoire (la durée réelle des événements) et le temps du récit (le nombre de pages qui leur est consacré) ; notion développée par Gérard Genette, qui distingue sommaire, scène, ellipse et pause comme ses quatre régimes.
Narration ultérieure — Le récit est raconté après les événements, au passé — le régime le plus courant.
Narration simultanée — Le récit est raconté au moment même où les événements se déroulent, au présent.
Exemple : certains romans contemporains au présent de narration, comme L’Amant de Marguerite Duras, créent un effet de contemporanéité entre le dire et le vécu.
In medias res — Ouverture du récit en plein milieu de l’action, sans exposition préalable, l’information manquante étant restituée ensuite.
Exemple : Franz Kafka, La Métamorphose — le texte s’ouvre sur Gregor Samsa déjà transformé, sans qu’aucune explication ne précède.
Polyphonie narrative — Coexistence de plusieurs voix ou points de vue narratifs au sein d’un même texte, sans qu’aucun ne domine durablement les autres.
Exemple : William Faulkner, Tandis que j’agonise — quinze narrateurs se relaient, chacun avec sa perception propre des mêmes événements.
Narration à la première personne — Récit conduit par un narrateur qui dit « je », personnage de l’histoire ou témoin, et qui limite le lecteur à ce qu’il perçoit, sait ou veut bien dire (voir aussi : narrateur autodiégétique, narrateur non fiable).
Exemple : Marcel Proust, À la recherche du temps perdu — le « je » du narrateur filtre l’ensemble du cycle, jusqu’à la décision finale d’écrire.
Narration à la troisième personne — Récit conduit par un narrateur extérieur qui désigne les personnages par « il », « elle » ou leur nom ; la personne grammaticale ne détermine pas la focalisation, qui peut être zéro, interne ou externe.
Exemple : Émile Zola, L’Assommoir — récit à la troisième personne qui épouse pourtant souvent la langue et le regard de Gervaise.
Narration à la deuxième personne — Récit adressé à un « tu », rare, qui installe une proximité ou une mise à distance paradoxale du protagoniste.
Exemple : Michel Butor, La Modification — l’ensemble du roman est conduit à la deuxième personne du singulier.
III. Structure et construction du récit
Intrigue — Enchaînement organisé des événements d’un récit, liés par des relations de cause à effet, à distinguer de l’histoire, simple succession des faits.
Exemple : E. M. Forster, Aspects du roman (1927) — « le roi mourut, puis la reine mourut » est une histoire ; « le roi mourut, puis la reine mourut de chagrin » est une intrigue.
Structure en trois actes — Découpage du récit en exposition, confrontation et résolution ; charpente la plus courante du roman comme du scénario.
Schéma narratif (schéma quinaire) — Modèle qui décompose un récit en cinq étapes : situation initiale, élément perturbateur, péripéties, élément de résolution, situation finale ; formalisé par Paul Larivaille (1974), il décrit plus qu’il ne prescrit.
Exposition — Ouverture du récit posant le cadre, les personnages et la situation initiale avant que l’intrigue ne se noue.
Élément déclencheur — Événement qui rompt la situation initiale et met l’intrigue en mouvement.
Point de bascule (pivot, plot point) — Moment où l’orientation du récit change de façon décisive, redéfinissant ce que le personnage doit affronter.
Climax (point culminant) — Moment de plus haute tension du récit, où l’enjeu principal se joue.
Dénouement — Résolution des tensions nouées par l’intrigue, après le point culminant.
Prologue — Section liminaire, souvent antérieure ou extérieure au récit principal, qui pose un contexte avant que l’histoire proprement dite ne commence.
Épilogue — Section postérieure au dénouement, qui prolonge le récit au-delà de sa résolution pour en montrer les suites.
Arc narratif — Trajectoire de transformation d’un personnage ou d’une intrigue, de son état initial à son état final.
Sous-intrigue — Ligne narrative secondaire qui se déroule parallèlement à l’intrigue principale, pour l’éclairer, la contredire ou lui faire écho.
Exemple : Léon Tolstoï, Anna Karénine — l’histoire de Lévine et Kitty répond, en contrepoint, à la passion d’Anna et Vronski.
Conflit narratif — Opposition entre ce que veut un personnage et ce qui l’en empêche, interne (peur, contradiction) ou externe (adversaire, société, circonstance) ; sans conflit, le récit n’a pas de moteur (voir aussi : obstacle, enjeu).
Enjeu — Ce que le personnage risque de perdre ou peut gagner ; sans enjeu clair, la tension narrative s’effondre.
Obstacle — Ce qui s’oppose à l’atteinte d’un but par le personnage, interne (peur, doute) ou externe (antagoniste, circonstance).
Rebondissement (coup de théâtre) — Retournement brusque de situation qui relance l’intrigue en la réorientant.
Péripétie — Au sens courant, événement qui fait avancer ou rebondir l’action ; au sens d’Aristote, renversement soudain qui fait basculer la situation du héros dans son contraire.
Exemple : Sophocle, Œdipe roi — le messager venu rassurer Œdipe révèle, au contraire, la vérité de sa naissance, exemple que retient Aristote dans sa Poétique.
Suspense — Tension entretenue par l’attente d’un dénouement incertain, généralement construite en donnant au lecteur plus d’information qu’aux personnages sur un danger à venir.
Tension narrative — Attente que le récit entretient chez le lecteur, par une question ouverte, un danger ou une incertitude, et qui le pousse à poursuivre la lecture (voir aussi : suspense, cliffhanger).
Chute — (voir partie I) Dénouement bref et retourné qui referme le récit sur un effet de surprise.
Exemple : Guy de Maupassant, La Parure — la révélation finale inverse rétrospectivement le sens de toute la nouvelle.
Deus ex machina — Résolution d’une situation bloquée par l’intervention d’un élément extérieur non préparé par le récit, perçue comme une facilité.
Mise en abyme — Reproduction, à l’intérieur d’une œuvre, d’une structure ou d’un élément qui la reflète — une histoire dans l’histoire, un miroir interne.
Exemple : André Gide, Les Faux-Monnayeurs — l’un des personnages, romancier, écrit un roman intitulé Les Faux-Monnayeurs.
Structure en chiasme (structure miroir) — Organisation du récit en deux moitiés symétriques inversées, où la seconde partie répond à la première en miroir.
Structure en sablier — Organisation à deux lignes narratives qui convergent progressivement vers un point de jonction unique, en se resserrant comme les deux volumes d’un sablier.
Structure en faisceau (récit tressé) — Plusieurs lignes narratives distinctes, suivies en alternance sans converger nécessairement, tissées ensemble par des échos thématiques plutôt que par une jonction d’intrigue.
Structure circulaire (récit bouclé) — Récit dont la fin rejoint, littéralement ou en écho, sa situation d’ouverture.
Cliffhanger — Interruption du récit sur un point de tension maximale, en fin de chapitre ou d’épisode, pour retenir le lecteur.
Séquence — Ensemble de scènes reliées par une même unité d’action, qui forme une étape complète du récit, entre la scène et le chapitre.
Chapitre — Division d’un livre qui rythme la lecture ; sa longueur, sa première et sa dernière phrase règlent le souffle du récit et les moments où le lecteur choisit de continuer ou de s’arrêter.
Thème — Question ou réalité humaine qu’un récit explore à travers ses personnages et ses événements, sans nécessairement la formuler, à distinguer du sujet, qui désigne ce dont le livre parle.
Exemple : Albert Camus, La Peste — le sujet est une épidémie à Oran ; l’un de ses thèmes est la solidarité face au mal.
Scène et séquelle — Unité de construction narrative définie par Dwight V. Swain (Techniques of the Selling Writer, 1965) : la scène pose un but, un obstacle et un échec ou une victoire partielle ; la séquelle qui suit en montre la réaction émotionnelle, le dilemme et la décision qui relance l’action.
Voyage du héros (structure initiatique) — Schéma narratif en étapes (appel, épreuves, mort symbolique, retour transformé), théorisé par Joseph Campbell à partir de mythes comparés.
Exemple : J.R.R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux — la trajectoire de Frodon suit de près les étapes de ce schéma.
Règle des trois unités — Contrainte classique héritée du théâtre grec puis codifiée au XVIIe siècle : unité de temps (une seule journée), de lieu (un seul endroit), d’action (une seule intrigue).
Exemple : Pierre Corneille, Le Cid — la pièce, bien que respectant globalement la règle, fut critiquée en son temps pour ses entorses à la vraisemblance qu’elle impose.
In medias res — (voir partie II) Ouverture en plein cœur de l’action, sans exposition préalable.
IV. Les personnages
Protagoniste — Personnage principal, dont le but structure l’intrigue et dont le point de vue oriente généralement l’empathie du lecteur.
Objectif (but) — Ce que le personnage cherche concrètement à obtenir dans le récit ; un objectif clair donne au lecteur une raison de suivre le personnage et de mesurer ses progrès.
Motivation — Raison profonde qui pousse un personnage à poursuivre son objectif ; une motivation crédible rend ses choix compréhensibles, même quand le lecteur les désapprouve.
Désir et besoin — Distinction entre ce que le personnage croit vouloir (le désir) et ce dont il a réellement besoin pour changer (le besoin) ; l’écart entre les deux nourrit souvent l’arc de personnage (voir aussi : arc de personnage, faille).
Exemple : Gustave Flaubert, Madame Bovary — Emma croit désirer l’amour et le luxe des romans qu’elle a lus ; le récit montre ce qu’elle ne parvient jamais à nommer.
Antagoniste — Force ou personnage qui s’oppose au protagoniste ; n’est pas nécessairement malveillant, seulement contraire à son but.
Exemple : Victor Hugo, Les Misérables — Javert n’est pas un scélérat, mais sa conception rigide de la loi le place en opposition frontale avec Jean Valjean.
Personnage secondaire — Personnage qui n’est pas au centre du récit mais en soutient, contrarie ou éclaire l’intrigue principale ; un personnage secondaire réussi poursuit ses propres buts, même hors champ.
Personnage rond (round character) — Personnage complexe, capable de surprendre le lecteur par sa cohérence interne malgré ses contradictions ; notion définie par E. M. Forster (Aspects of the Novel, 1927).
Exemple : Léon Tolstoï, Anna Karénine — Anna combine des mouvements contradictoires qui restent pourtant psychologiquement cohérents.
Personnage plat (flat character) — Personnage construit autour d’une seule idée ou d’un seul trait, reconnaissable sans évolution ; utile en second plan, appauvrissant en personnage principal.
Exemple : Charles Dickens, dont plusieurs personnages secondaires se résument à un tic verbal ou comportemental récurrent, selon l’analyse même de Forster.
Archétype — Figure narrative récurrente à travers les cultures et les œuvres (le mentor, l’ingénu, le trickster), reconnaissable indépendamment du contexte précis où elle apparaît.
Antihéros — Protagoniste dépourvu des qualités classiquement héroïques (courage, grandeur morale, volonté), qui reste pourtant le centre du récit.
Exemple : Albert Camus, L’Étranger — Meursault ne poursuit aucun but héroïque et affronte son destin avec une indifférence délibérée.
Faire-valoir — Personnage secondaire dont la fonction principale est de mettre en relief les qualités ou les propos du personnage principal.
Exemple : Arthur Conan Doyle, les enquêtes de Sherlock Holmes — Watson, par sa perplexité, souligne la perspicacité de Holmes.
Mentor — Personnage qui transmet un savoir, un outil ou une leçon décisive au protagoniste, généralement au début de sa trajectoire.
Raisonneur — Personnage de théâtre classique, souvent secondaire, qui porte un discours de bon sens face aux excès du personnage principal.
Exemple : Molière, Le Misanthrope — Philinte tempère par le raisonnement les emportements d’Alceste.
Personnage naïf (regard neuf) — Personnage dont l’ignorance ou l’innocence permet de porter un regard non conditionné sur le monde, souvent à des fins satiriques.
Exemple : Voltaire, Candide — la naïveté du personnage expose par contraste l’absurdité des discours qu’on lui a enseignés.
Narrateur non fiable — (voir partie II) Personnage-narrateur dont le récit comporte des distorsions perceptibles par le lecteur.
Nom parlant — Nom de personnage construit pour signifier un trait de caractère ou une fonction narrative.
Exemple : Molière, Tartuffe — le nom lui-même, avant toute action du personnage, connote déjà l’hypocrisie.
Caractérisation — Ensemble des moyens par lesquels un texte construit un personnage : actions, dialogue, description physique, perception par les autres personnages.
Caractérisation directe — Le narrateur énonce explicitement un trait de caractère.
Caractérisation indirecte — Un trait de caractère se déduit des actions, des choix ou des paroles du personnage, sans énoncé explicite du narrateur.
Portrait — Description centrée sur un personnage, physique ou morale, généralement en pause narrative (voir partie II).
Faille (character flaw) — Défaut ou blessure interne du personnage, souvent à l’origine de ses erreurs et moteur de son arc de transformation.
Arc de personnage — Trajectoire de transformation psychologique ou morale que traverse un personnage au fil du récit, distincte de l’arc narratif qui porte sur l’intrigue.
Exemple : Franz Kafka, La Métamorphose — la transformation physique de Gregor Samsa donne une forme littérale à un arc de dépossession progressive.
Personnage focalisateur — Personnage à travers la conscience duquel le récit fait percevoir les événements, sans en être forcément le narrateur.
V. Style, langue et figures de style
Figure de style — Procédé d’expression qui s’écarte de l’usage ordinaire de la langue pour produire un effet de sens, de rythme ou d’image ; les entrées qui suivent en détaillent les principales.
Métaphore — Transfert de sens entre deux réalités sans mot de comparaison, fondé sur une ressemblance implicite.
Métaphore filée — Métaphore prolongée sur plusieurs phrases ou tout un passage, développant le même réseau d’images.
Exemple : Charles Baudelaire, L’Albatros — l’oiseau maladroit à terre file la métaphore du poète inadapté au monde sur l’ensemble du poème.
Comparaison — Rapprochement de deux réalités au moyen d’un mot de comparaison (« comme », « tel », « pareil à »).
Image — Représentation mentale que fait naître un texte, par une description concrète ou par une figure (comparaison, métaphore) ; on parle d’image forte quand elle s’impose au lecteur au-delà de la page.
Personnification — Attribution de caractéristiques humaines à une chose, une idée ou un animal.
Exemple : Jean de La Fontaine, les Fables — les animaux y pensent, parlent et raisonnent comme des humains.
Allégorie — Représentation d’une idée abstraite sous une forme concrète et narrative, développée sur l’ensemble d’un texte.
Exemple : George Orwell, La Ferme des animaux — la révolte des animaux de la ferme allégorise la trajectoire du totalitarisme soviétique.
Métonymie — Désignation d’une chose par un terme qui lui est associé (la cause pour l’effet, le contenant pour le contenu).
Exemple : « boire un verre » désigne le contenu par le contenant.
Synecdoque — Cas particulier de la métonymie où la partie désigne le tout, ou inversement.
Exemple : « les voiles » pour désigner les navires.
Catachrèse — Métaphore figée par l’usage, au point de ne plus être perçue comme une figure de style.
Exemple : « le pied de la table », « les dents d’une scie ».
Antithèse — Opposition de deux termes ou de deux idées au sein d’une même phrase ou d’un même passage.
Exemple : Blaise Pascal, Pensées — l’homme y est défini comme grandeur et misère à la fois, les deux termes constamment mis en regard.
Oxymore — Association de deux termes contradictoires au sein d’un même groupe syntaxique.
Exemple : Pierre Corneille, Le Cid — Rodrigue qualifie sa propre victoire d’« obscure clarté ».
Paradoxe — Énoncé qui contredit l’opinion commune ou la logique apparente, tout en portant une vérité.
Chiasme (rhétorique) — Croisement de deux groupes de mots selon un ordre inversé (AB / BA) ; à distinguer de la structure en chiasme, qui applique le même principe à l’échelle d’un récit entier.
Hyperbole — Exagération volontaire destinée à produire un effet d’intensité.
Exemple : Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac — la tirade du nez multiplie les exagérations comiques sur un seul trait du visage.
Gradation — Succession de termes organisée selon une intensité croissante ou décroissante.
Anaphore — Répétition d’un même mot ou groupe de mots en tête de phrases ou de vers successifs.
Exemple : Victor Hugo, Demain, dès l’aube — le poème s’ouvre sur la reprise du même schéma en tête de plusieurs vers, installant une cadence de marche.
Anadiplose (épanalepse) — Reprise, en début de phrase ou de vers, du dernier mot de la phrase ou du vers précédent.
Accumulation — Énumération de plusieurs termes de même fonction, sans hiérarchie d’intensité, pour créer un effet de profusion.
Pléonasme — Redondance de sens entre deux termes juxtaposés.
Exemple : « monter en haut », « reculer en arrière ».
Polysyndète — Répétition d’une conjonction de coordination devant chaque terme d’une énumération, là où la langue courante n’en emploierait qu’une.
Asyndète — Absence de coordination ou de subordination entre des propositions, juxtaposées sans lien logique explicite.
Exemple : Jules César, « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu » — l’absence de conjonction accélère le rythme de l’énoncé.
Litote — Figure d’atténuation qui dit moins pour suggérer davantage, généralement par une négation.
Exemple : Pierre Corneille, Le Cid — Chimène, en niant la haine, laisse entendre un sentiment plus fort qu’elle ne peut nommer.
Euphémisme — Adoucissement d’une réalité déplaisante ou brutale par un terme atténué.
Exemple : « s’éteindre » pour « mourir ».
Prétérition — Fait d’affirmer qu’on ne parlera pas d’une chose, tout en la mentionnant par ce refus même.
Ironie — Énoncé qui laisse entendre le contraire de ce qu’il dit, perceptible par le décalage entre le propos et le contexte.
Antiphrase — Emploi d’un mot ou d’une expression dans un sens contraire à son sens habituel, à des fins ironiques.
Exemple : qualifier une situation catastrophique de « belle réussite ».
Zeugma (zeugme) — Rattachement de deux termes de nature ou de sens différents à un même élément syntaxique, produisant un effet de rupture.
Exemple : Victor Hugo, « vêtu de probité candide et de lin blanc » associe une qualité morale et une matière au même verbe.
Anacoluthe — Rupture de construction syntaxique au sein d’une phrase, produisant un effet de discontinuité ou de spontanéité.
Apostrophe (rhétorique) — Interpellation directe d’une personne, d’une chose personnifiée ou du lecteur, au sein du texte.
Hypallage — Transfert d’une qualité d’un terme à un autre, grammaticalement incorrect mais logiquement suggestif.
Exemple : « un lit inquiet » pour désigner l’inquiétude de la personne qui y est couchée.
Syllepse — Emploi d’un même mot à la fois au sens propre et au sens figuré dans une même phrase.
Paronomase — Rapprochement de mots de sonorité voisine mais de sens différent.
Allitération — Répétition d’un même son consonne au sein d’un vers ou d’une phrase.
Exemple : Jean Racine, Andromaque — « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes » répète le son [s] pour évoquer le sifflement.
Assonance — Répétition d’un même son voyelle au sein d’un vers ou d’une phrase.
Champ lexical — Ensemble des mots d’un texte qui se rattachent à une même notion, révélant une obsession ou une tonalité sous-jacente au récit.
Isotopie — Récurrence d’un même trait de sens à travers plusieurs mots d’un texte, assurant sa cohérence thématique en profondeur.
Rythme binaire / rythme ternaire — Construction d’une phrase ou d’un vers autour de deux ou trois éléments équilibrés, produisant un effet de symétrie ou d’ampleur.
Phrase nominale — Phrase sans verbe conjugué, réduite à un ou plusieurs groupes nominaux, souvent employée pour ralentir ou fragmenter le rythme.
Description — Passage qui représente un lieu, un objet ou un personnage ; elle ralentit le temps du récit et doit, pour ne pas peser, servir l’atmosphère, la caractérisation ou l’intrigue (voir aussi : pause, portrait).
Exemple : Honoré de Balzac, Le Père Goriot — la longue description de la pension Vauquer annonce, par ses objets usés, la condition de ceux qui y vivent.
Dialogue — Échange de paroles entre personnages, rapporté au discours direct ; il caractérise, fait avancer l’action et donne du rythme, à condition de ne pas servir de simple véhicule d’informations.
Montrer plutôt que raconter — Principe d’écriture qui consiste à faire percevoir une émotion ou un trait de caractère par des actions, des gestes et des détails, plutôt qu’à l’énoncer ; il ne s’applique pas partout, le résumé restant nécessaire au rythme.
Exemple : plutôt qu’écrire « il était nerveux », montrer ses doigts qui tambourinent sur la table pendant que l’autre parle.
Vraisemblance — Impression de cohérence et de crédibilité qu’un récit produit sur le lecteur, qui ne se confond pas avec la vérité des faits.
Exemple : Nicolas Boileau, L’Art poétique (1674) — « Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable ».
Écriture blanche — Style dépouillé de tout effet apparent, à l’affect neutre ; notion développée par Roland Barthes (Le Degré zéro de l’écriture, 1953) à propos notamment de Camus.
Intertextualité — Présence, dans un texte, de traces explicites ou implicites d’un autre texte (citation, allusion, référence).
Pastiche — Imitation du style d’un auteur, sans intention moqueuse, souvent par admiration ou par exercice.
Exemple : Marcel Proust, Pastiches et mélanges — Proust y imite le style de plusieurs écrivains, dont Flaubert et Balzac.
Parodie — Imitation d’un style ou d’une œuvre à des fins comiques ou critiques, par exagération ou détournement.
Contrainte formelle — Règle arbitraire que l’auteur s’impose pour orienter l’écriture, notamment développée par le mouvement Oulipo.
Exemple : Georges Perec, La Disparition — roman entier écrit sans jamais employer la lettre « e ».
VI. Genres et formes littéraires
Roman — Récit de fiction en prose, de longueur substantielle, développant une intrigue et des personnages sur la durée.
Nouvelle — Récit bref, resserré autour d’un nombre limité d’événements et de personnages, souvent construit vers une chute.
Conte — Récit bref à visée souvent symbolique ou morale, pouvant relever du merveilleux ; distinct de la nouvelle par son ancrage traditionnel ou oral.
Novella (roman court) — Forme intermédiaire entre la nouvelle et le roman, par sa longueur et le nombre de fils narratifs qu’elle peut porter.
Roman-fleuve — Roman ou cycle romanesque de très grande ampleur, souvent publié en plusieurs volumes, suivant un large ensemble de personnages sur la durée.
Exemple : Honoré de Balzac, La Comédie humaine — plus de quatre-vingt-dix romans et nouvelles reliés par des personnages récurrents.
Roman à clef — Roman dont les personnages fictifs renvoient, de façon voilée, à des personnes réelles identifiables par certains lecteurs.
Roman épistolaire — Roman composé exclusivement de lettres échangées entre les personnages.
Exemple : Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses.
Roman policier — Récit centré sur la résolution d’un crime, structuré autour d’une enquête.
Roman noir — Sous-genre du roman policier centré sur l’atmosphère et la corruption sociale plus que sur la seule résolution logique de l’énigme.
Thriller — Récit construit sur une tension et un danger imminent, privilégiant le suspense à l’énigme.
Roman d’espionnage — Récit centré sur le renseignement et la manipulation entre services ou agents rivaux.
Science-fiction — Genre fondé sur une extrapolation scientifique, technologique ou sociale, généralement projetée dans un futur ou un ailleurs.
Fantasy — Genre fondé sur un univers régi par une magie ou des lois surnaturelles assumées comme telles dès l’origine du récit.
Fantastique — Genre où le surnaturel fait irruption dans un cadre par ailleurs réaliste, créant une hésitation du lecteur entre explication rationnelle et explication surnaturelle ; distinction posée par Tzvetan Todorov (Introduction à la littérature fantastique, 1970).
Merveilleux — Genre où le surnaturel est d’emblée accepté comme faisant partie du monde du récit, sans hésitation possible — à la différence du fantastique.
Étrange — Genre où un événement d’abord perçu comme surnaturel reçoit finalement une explication rationnelle, résolvant l’hésitation propre au fantastique.
Roman gothique — Genre né en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle, situant l’intrigue dans des lieux inquiétants (châteaux, ruines) et mêlant terreur et surnaturel.
Uchronie — Récit fondé sur une divergence historique : que se serait-il passé si un événement du passé s’était déroulé autrement.
Dystopie — Récit dépeignant une société future dégradée, souvent en critique d’une tendance du présent poussée à l’extrême.
Utopie — Récit dépeignant une société idéale, servant de support à une réflexion politique ou philosophique.
Littérature young adult (YA) — Littérature destinée à un public adolescent, sans exclure un lectorat adulte, généralement centrée sur un protagoniste du même âge que son lectorat.
Littérature de jeunesse — Littérature destinée aux enfants, couvrant des formes très variées selon l’âge visé (album, roman, conte).
Autofiction — Récit mêlant matériau autobiographique et fiction assumée, sans pacte de vérité strict avec le lecteur ; terme forgé par Serge Doubrovsky (Fils, 1977).
Autobiographie — Récit rétrospectif qu’une personne réelle fait de sa propre existence, sous pacte de vérité avec le lecteur.
Exemple : Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions.
Mémoires — Récit rétrospectif centré sur les événements publics ou historiques auxquels l’auteur a été mêlé, plus que sur son intériorité.
Biographie — Récit de la vie d’une personne, écrit par une autre.
Récit de vie — Texte consacré à tout ou partie d’une existence réelle, la sienne ou celle d’un proche, souvent écrit pour transmettre plutôt que pour publier ; il relève de l’autobiographie ou de la biographie selon qui le raconte.
Essai — Texte argumentatif en prose, développant une réflexion personnelle sur un sujet, sans les contraintes formelles d’une démonstration savante.
Pamphlet — Texte bref et polémique, attaquant violemment une personne, une institution ou une idée.
Tragédie — Pièce de théâtre mettant en scène une action grave conduisant à une issue funeste, régie par la fatalité.
Comédie — Pièce de théâtre à visée divertissante, mettant en scène les travers humains, généralement dénouée sans issue funeste.
Drame — Pièce de théâtre mêlant les registres tragique et comique, sans la fatalité stricte de la tragédie classique.
Farce — Pièce brève à ressorts comiques grossiers, fondée sur le quiproquo et la mécanique physique du gag.
Sonnet — Poème à forme fixe de quatorze vers, organisé en deux quatrains et deux tercets.
Ode — Poème lyrique de forme régulière, célébrant un sujet dans un registre élevé.
Élégie — Poème lyrique au registre mélancolique, souvent consacré au deuil ou à la perte.
Haïku — Poème bref d’origine japonaise, en trois vers de dix-sept syllabes, centré sur une image ou un instant saisi.
Poème en prose — Texte poétique renonçant au vers et à la strophe, mais conservant une densité rythmique et image propre à la poésie.
Fable — Récit bref, souvent animalier, portant une morale explicite.
Conte philosophique — Récit bref au ton souvent satirique, utilisant la fiction comme véhicule d’une réflexion philosophique ou politique.
Exemple : Voltaire, Candide.
Roman graphique — Récit long en bande dessinée, de facture et d’ambition éditoriale proches du roman.
Saga — Récit long suivant plusieurs générations d’une même famille ou lignée sur une longue durée.
Feuilleton (roman-feuilleton) — Récit publié par fragments successifs dans la presse, construit pour retenir le lecteur d’un épisode à l’autre.
VII. Courants et mouvements littéraires
Humanisme — Courant de la Renaissance plaçant l’homme et le savoir antique au centre de la réflexion, en rupture avec la pensée strictement religieuse du Moyen Âge.
Baroque — Courant des XVIe-XVIIe siècles marqué par le mouvement, la démesure et l’instabilité des formes, en réaction à l’équilibre classique.
Classicisme — Courant du XVIIe siècle français valorisant l’équilibre, la mesure et le respect des règles (unités, bienséance, vraisemblance).
Préciosité — Courant mondain du XVIIe siècle recherchant le raffinement extrême du langage et des sentiments, parfois jusqu’à l’afféterie.
Libertinage (littéraire) — Courant des XVIIe-XVIIIe siècles contestant les dogmes religieux et moraux établis, par la pensée comme par les mœurs.
Lumières (Siècle des) — Courant du XVIIIe siècle promouvant la raison, la critique des institutions et l’émancipation par le savoir.
Romantisme — Courant du XIXe siècle valorisant l’expression du sentiment individuel, la nature et le moi, en réaction contre le rationalisme classique.
Réalisme — Courant du XIXe siècle cherchant à représenter la société contemporaine avec exactitude, sans idéalisation.
Exemple : Stendhal, Le Rouge et le Noir, sous-titré « Chronique de 1830 ».
Naturalisme — Prolongement du réalisme appliquant une méthode d’observation quasi scientifique au roman, notamment sur les déterminismes sociaux et héréditaires.
Exemple : Émile Zola, le cycle des Rougon-Macquart, conçu à partir d’un dossier préparatoire documenté.
Parnasse — Courant poétique de la seconde moitié du XIXe siècle privilégiant la perfection formelle et l’impersonnalité sur l’épanchement lyrique.
Symbolisme — Courant de la fin du XIXe siècle privilégiant la suggestion et l’image sur la description directe, en réaction contre le réalisme.
Décadentisme — Courant de la fin du XIXe siècle cultivant l’artifice, le raffinement morbide et le sentiment de fin de civilisation.
Surréalisme — Mouvement du XXe siècle explorant l’inconscient et le hasard comme sources de création, notamment par l’écriture automatique.
Existentialisme (littéraire) — Courant du milieu du XXe siècle mettant en scène la liberté, l’absurde et la responsabilité de l’individu face à un monde sans sens donné.
Théâtre de l’absurde — Courant théâtral du milieu du XXe siècle mettant en scène l’incommunicabilité et le non-sens, par la déconstruction du langage et de l’intrigue.
Exemple : Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve.
Nouveau Roman — Courant français du milieu du XXe siècle rejetant les conventions du roman traditionnel (intrigue, psychologie, personnage stable) au profit de l’expérimentation formelle.
Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) — Groupe fondé en 1960 explorant les possibilités de la littérature sous contrainte formelle.
Réalisme magique — Courant, notamment latino-américain, où le surnaturel s’intègre au tissu du réel sans provoquer d’étonnement chez les personnages.
Exemple : Gabriel García Márquez, Cent ans de solitude.
Beat Generation — Mouvement littéraire américain des années 1950, valorisant la spontanéité, le rejet du conformisme et l’écriture de la route.
Postmodernisme (littéraire) — Courant marqué par l’ironie, la déconstruction des grands récits et le mélange des registres et des références.
Régionalisme (roman du terroir) — Courant valorisant un ancrage géographique et culturel précis, souvent rural, comme matière romanesque.
VIII. Vocabulaire de l’édition
Manuscrit non sollicité — Manuscrit envoyé à un éditeur sans démarche préalable ni recommandation, dit aussi manuscrit « du guichet » ou « de la pile » ; taux d’acceptation extrêmement faible dans l’édition traditionnelle.
Soumission (envoi de manuscrit) — Envoi d’un manuscrit à une maison d’édition selon les modalités qu’elle fixe (voie postale, courriel, formulaire), accompagné des pièces demandées, comme une lettre, un synopsis, un extrait ou le texte complet.
Comité de lecture — Instance interne d’une maison d’édition qui examine les manuscrits reçus et décide collectivement de leur acceptation.
Fiche de lecture — Rapport rédigé par un lecteur professionnel sur un manuscrit, à l’usage interne d’une maison d’édition, synthétisant son avis et sa recommandation.
Ligne éditoriale — Ensemble des choix (thématiques, esthétiques, de genre) qui définissent l’identité d’une maison d’édition ou d’une collection, et auxquels un manuscrit doit correspondre pour être considéré.
À compte d’éditeur — Mode d’édition classique où l’éditeur finance intégralement la fabrication et rémunère l’auteur en droits sur les ventes.
À compte d’auteur — Mode d’édition où l’auteur finance lui-même tout ou partie de la fabrication de son livre ; à distinguer nettement de l’édition à compte d’éditeur.
Compte à demi — Mode d’édition où les frais et les recettes sont partagés entre l’auteur et l’éditeur, rare et à examiner avec prudence.
Édition hybride — Terme sans définition légale ni statut juridique propre, recouvrant des réalités très différentes selon l’éditeur qui l’emploie : parfois proche du compte à demi, parfois du compte d’auteur.
Auto-édition — Publication d’un livre par l’auteur lui-même, sans intermédiaire éditorial, assumant en direct la fabrication, la diffusion et souvent la promotion.
ISBN (International Standard Book Number) — Numéro international unique identifiant une édition précise d’un livre, nécessaire à sa commercialisation en librairie.
Dépôt légal — Obligation légale de déposer tout ouvrage publié auprès d’une institution nationale (en France, la Bibliothèque nationale de France), indépendante de l’ISBN.
Droits d’auteur — Ensemble des prérogatives légales, patrimoniales et morales, dont dispose un auteur sur son œuvre.
Preuve d’antériorité — Moyen de dater un texte pour pouvoir prouver, en cas de litige, qu’il existait avant une œuvre jugée ressemblante ; le droit d’auteur naît de la création sans formalité, et le dépôt (par exemple l’e-Soleau de l’INPI) ne crée aucun droit, il fournit une date certaine.
À-valoir (avance sur droits) — Somme versée à l’auteur à la signature du contrat, décomptée par anticipation sur les droits que généreront les ventes futures.
Redevance (royalties) — Pourcentage du prix de vente d’un livre reversé à l’auteur, calculé sur les exemplaires effectivement vendus.
Reddition des comptes — Relevé périodique que l’éditeur doit fournir à l’auteur, détaillant les ventes réalisées et les droits dus sur cette période.
Contrat d’édition — Accord juridique par lequel l’auteur cède à l’éditeur le droit de fabriquer, diffuser et vendre son œuvre, en contrepartie d’une rémunération.
Option (clause de préférence) — Clause d’un contrat d’édition engageant l’auteur à proposer en priorité à cet éditeur son prochain manuscrit, avant de le soumettre ailleurs.
Cession de droits — Transfert, total ou partiel, de certains droits d’exploitation d’une œuvre à un tiers, encadré par le contrat d’édition.
Droits dérivés — Droits d’exploitation d’une œuvre sous une forme autre que le livre initial (adaptation audiovisuelle, produits dérivés).
Droits étrangers — Droits de traduction et de publication d’une œuvre dans d’autres langues ou pays, souvent négociés séparément.
Agent littéraire — Professionnel qui représente un auteur auprès des éditeurs, négocie les contrats et gère certains droits en son nom.
Maison d’édition — Structure qui sélectionne, fabrique, diffuse et commercialise des ouvrages.
Collection — Ensemble de titres publiés par une même maison sous une identité éditoriale, graphique et souvent thématique commune.
Directeur de collection (éditeur) — Personne responsable des choix éditoriaux d’une collection, de la sélection des manuscrits à leur accompagnement jusqu’à publication.
Rentrée littéraire — Période de forte concentration de parutions, en France principalement à la fin de l’été, autour de laquelle se joue une large part de la visibilité éditoriale de l’année.
Service de presse — Exemplaires d’un livre envoyés gratuitement avant ou après parution à la presse et aux prescripteurs, en vue d’obtenir des recensions.
Office — Envoi automatique d’exemplaires d’une nouveauté aux librairies par le diffuseur, en amont de la commande effective du libraire.
Tirage — Nombre d’exemplaires imprimés lors d’une édition ou d’une réimpression donnée.
Réimpression — Nouvelle impression d’un ouvrage déjà publié, sans modification du texte, généralement décidée lorsque le tirage initial s’épuise.
Épuisé — Se dit d’un ouvrage dont tous les exemplaires ont été vendus ou distribués, et qui n’est plus disponible tant qu’une réimpression n’est pas décidée.
Pilon (mise au pilon) — Destruction des exemplaires invendus d’un ouvrage, décidée par l’éditeur lorsqu’il juge qu’ils ne se vendront plus.
Diffuseur — Structure qui assure la promotion commerciale d’un livre auprès des librairies, en amont de sa mise en rayon.
Distributeur — Structure qui assure l’acheminement matériel des livres entre l’éditeur et les points de vente.
Prix littéraire — Distinction décernée par un jury à une œuvre, dont l’effet principal est d’accroître sa visibilité commerciale et critique.
Longlist / shortlist — Première sélection large, puis sélection resserrée, d’ouvrages en lice pour un prix littéraire.
Signe — Unité de mesure de la longueur d’un texte : chaque lettre, chiffre, signe de ponctuation et, le plus souvent, chaque espace compte pour un signe ; on précise « espaces comprises » ou « espaces non comprises ».
Feuillet (page standard) — Page de référence d’environ 1 500 signes espaces comprises, traditionnellement 25 lignes de 60 signes, qui permet de mesurer un texte indépendamment de sa mise en page (voir aussi : signe, calibrage).
Calibrage — Estimation du nombre de pages qu’occupera un manuscrit une fois mis en forme, à partir de son nombre de signes.
Bon à tirer (BAT) — Validation finale du contenu et de la mise en page d’un ouvrage, après laquelle aucune correction n’est plus possible avant impression.
Épreuves — Version provisoire mise en page d’un texte, destinée à la relecture et à la correction avant impression définitive.
Coquille — Faute typographique isolée, généralement une erreur d’inversion ou d’omission de lettre, échappée à la correction.
Feuille de style — Liste des choix orthographiques et typographiques retenus pour un texte (graphie des mots qui en admettent plusieurs, écriture des siècles, accents sur les majuscules, nombres en chiffres ou en lettres), établie pour être appliquée de façon constante du début à la fin.
Maquette — Mise en forme visuelle d’un ouvrage (typographie, mise en page, gabarit), réalisée avant impression.
Correcteur / correctrice — Professionnel chargé de vérifier l’orthographe, la grammaire, la typographie et la cohérence d’un texte avant publication.
Préparation de copie — Correction approfondie d’un texte avant sa mise en page (orthographe, syntaxe, typographie, cohérence), harmonisée selon une feuille de style (voir aussi : feuille de style, épreuves).
Correction d’épreuves — Dernière relecture du texte mis en page, qui traque les coquilles et les accidents de maquette avant le bon à tirer (voir aussi : épreuves, bon à tirer).
Exemplaire justificatif — Exemplaires de l’ouvrage publié, remis gratuitement à l’auteur par contrat, en nombre défini.
Impression à la demande (POD, print on demand) — Mode d’impression unitaire déclenché à chaque commande, évitant la constitution d’un stock.
Salon du livre — Manifestation publique réunissant éditeurs, auteurs et lecteurs autour de rencontres, dédicaces et ventes.
IX. Paratexte et objet-livre
Péritexte — Ensemble des éléments qui entourent immédiatement le texte au sein du livre lui-même (couverture, préface, notes) ; notion définie par Gérard Genette (Seuils, 1987).
Épitexte — Ensemble des éléments qui accompagnent le livre en dehors de l’objet lui-même (entretiens, correspondance, critiques) ; complète le péritexte dans la notion genettienne de paratexte.
Couverture — Première page visible du livre, portant titre, nom de l’auteur et éléments graphiques d’identification.
Quatrième de couverture — (voir partie I) Texte de présentation figurant au dos du livre, destiné à informer et à convaincre le lecteur en librairie.
Vitrine (d'un livre) — Ensemble de ce qu'un lecteur voit avant d'acheter un livre : couverture, titre, quatrième de couverture, prix, fiche sur les sites de vente avec son extrait, présentation en salon.
Jaquette — Couverture mobile amovible, généralement réservée aux éditions reliées, distincte de la couverture cartonnée qu’elle recouvre.
Rabat — Partie repliée de la couverture ou de la jaquette, portant souvent la présentation de l’ouvrage ou une notice biographique de l’auteur.
Tranche — Bord visible des pages d’un livre fermé, parfois utilisé comme support graphique ou coloré.
Épigraphe — Citation placée en tête d’un ouvrage ou d’une partie, orientant sa lecture sans appartenir au texte lui-même.
Exergue — Citation ou formule placée en évidence avant un texte, proche de l’épigraphe.
Dédicace — Formule adressant l’ouvrage à une personne, inscrite en tête du livre par l’auteur.
Préface — Texte liminaire, souvent écrit par une tierce personne, présentant l’ouvrage ou son auteur avant le début du texte.
Postface — Équivalent de la préface placé après le texte, revenant sur l’ouvrage une fois la lecture achevée.
Avant-propos — Texte liminaire écrit par l’auteur lui-même, généralement pour expliquer les circonstances ou les intentions de l’ouvrage.
Avertissement au lecteur — Note liminaire brève, précisant un point de lecture (orthographe d’époque, avertissement de contenu, précision factuelle).
Note de l’auteur — Intervention de l’auteur, en tête ou en fin d’ouvrage, distincte de la fiction elle-même.
Table des matières — Liste ordonnée des parties et chapitres d’un ouvrage, avec leur pagination.
Index — Liste alphabétique de notions, noms ou termes renvoyant à leur occurrence dans le texte, en fin d’ouvrage.
Glossaire — Liste de termes spécialisés employés dans un ouvrage, accompagnés de leur définition.
Appareil critique — Ensemble des notes, commentaires et références savantes accompagnant un texte, généralement en édition critique ou universitaire.
Achevé d’imprimer — Mention légale figurant en fin d’ouvrage, précisant la date et le lieu d’impression.
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